Jene rechigne pas devant grand-chose. Mais il y a bien une tĂąche que je ne fais pas, Ă  la maison : c’est nettoyer les vitres. Pas que j’ai peur de monter sur un tabouret ou que je manque d’huile de coude. Non. Mais le constat est lĂ  : les vitres sont plus moches aprĂšs mon passage qu’avant. Quand les fenĂȘtres sont sales, elles sont

J’ai Ă©tĂ© ce petit garçon, le nez collĂ© Ă  la vitre, qui me regarde Ă©crire avec un respect patient, et quand je lĂšve un peu la tĂȘte j’ai l’impression de me regarder moi-mĂȘme Ă  travers le miroir sans tain du souvenir. Ce que pense cet enfant, je l’ai pensĂ© aussi, comme j’ai attendu ce qu’il espĂšre encore. [. .. ] Il n’écarquille les yeux que pour chiper en fraude les confitures du prestige que les champions endormis nous ont dĂ©lĂ©guĂ©, et se mĂ©prend d’un cƓur lĂ©ger sur cette pĂąle contrefaçon de la gloire qui s’attache Ă  nos macarons. [. .. ] Son innocence gloutonne est celle du bonheur. Quand il sera grand, il sera coureur ou journaliste. Ça vient de se dĂ©cider, lĂ , sur-le-champ. La vie est si belle de l’autre cĂŽtĂ© de la vitre. Aujourd’hui que j’ai atteint l’ñge oĂč l’on croit savoir ce que les enfants ignorent, c’est pour lui que j’écris ces lignes, le petit bonhomme d’Ax-les-Thermes. 23 juillet 1955 J ’ai Ă©tĂ© ce petit garçon » - Extrait de CĂ©page et sans pitiĂ© » de Antoine Blondin Antoine Blondin . 403 57 23 104 431 255 462 270

bonhomme qui colle aux vitres ne colle plus